Autogestion – les 5 éléments importants pour bien gérer son temps

Nous sommes nombreux à vouloir mieux gérer notre temps. Mais avant toute chose, sommes-nous sûrs qu’il est véritablement possible de « gérer son temps » ? Pourquoi parlons-nous d’autogestion ?

Gérer consiste à organiser et optimiser l’utilisation d’une ressource. Toute ressource peut être l’objet d’une bonne gestion.

Ainsi on peut gérer une forêt en choisissant adroitement les arbres à abattre et les arbres qui doivent encore croître. On peut gérer de l’argent en choisissant les investissements rentables et en supprimant les dépenses inutiles. On peut gérer du personnel en déléguant les tâches en fonction des compétences et des capacités d’apprentissage de chacun.

Le problème, quand nous parlons de gestion du temps, c’est que le temps n’est pas une ressource comme les autres. Il n’est d’ailleurs pas facile de donner une définition de cette notion. Au V ème siècle de notre ère, Saint-Augustin écrivait déjà : « Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Si je veux l’expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus. »

Le temps est donc quelque chose que nous connaissons par intuition, mais que nous sommes incapables de décrire par les mots.

Tentons cependant de détailler un peu cet objet particulier qu’est le temps.

De la gestion du temps à l’autogestion

Premièrement, exister c’est être dans le temps. Le temps est présent à chaque instant. Tout ce que nous faisons est toujours situé dans le temps. Autrement dit, nous ne pouvons lui échapper.

Deuxièmement, le temps est toujours en mouvement, le temps ne cesse de passer. Ou pour être plus exacts nous ne cessons de passer dans le temps. D’où l’impossibilité de pointer le présent. Dès que j’énonce l’instant présent, cet instant appartient déjà au passé. Autrement dit, le présent nous échappe toujours.

N’est-il pas alors un peu prétentieux de prétendre « gérer » le temps alors que nous peinons à le définir.

Ne sommes-nous pas arrogants quand nous parlons de gestion du temps quand nous ne pouvons contrôler son écoulement ? 

Mais que signifie de dire qu’une personne ne sait pas gérer son temps ? Ou au contraire qu’une autre organise à merveille son emploi du temps ?

Ce que cache la gestion du temps, c’est en réalité la gestion de soi. C’est-à-dire la gestion de notre énergie quotidienne, de notre potentiel d’action. Gérer le temps n’est pas organiser et optimiser le temps qui s’écoule quoique nous fassions. Mais c’est organiser et optimiser notre activité dans le temps. On appelle cela l’autogestion, ou encore le self management.

Or s’il y a une compétence que nous devons acquérir, c’est bien celle de l’autogestion. Car ensuite nous pourrons acquérir facilement toute autre compétence. Sans elle, toute activité reste chaotique et désorganisée. Et paradoxalement, elle est elle-même particulièrement difficile à acquérir, puisqu’elle nécessite la maîtrise de soi ou autrement dit l’autodiscipline.

En quoi consiste donc l’autogestion ? Voici le détail des cinq compétences clés de l’autogestion.

Connaître ses priorités

Pour pouvoir avancer, il faut déjà savoir où aller. Cela paraît simple, mais cela ne l’est pas toujours, car cela nécessite de prendre le temps d’y penser. Or si vous lisez cet article, c’est probablement que vous avez un emploi du temps chargé. Et vous faites face en permanence à de très nombreuses sollicitations.

Connaitre ses priorités

Prendre rien qu’une heure pour réfléchir à ce que vous voulez faire de votre vie peut donc paraître comme une mission impossible.

Cependant, il est nécessaire d’apprendre à s’arrêter afin de se poser cette question si cruciale : « Qu’est ce que je veux réaliser durant cette courte vie ? » Le temps passé à répondre à cette question ne sera jamais perdu.

Au contraire, il se pourrait que ce temps change notre vie. En effet, nous pourrons faire le tri entre les activités qui sont en accord avec nos objectifs profonds et celles qui ne le sont pas.

Une fois que nous avons défini nos objectifs de vie, nous devons les traduire en objectifs précis pour les mois ou années à venir. Par exemple, quand nous avons pour objectif de vie d’aider les autres à s’épanouir professionnellement. Nous avons notre fil conducteur pour planifier, décider, et construire notre solution.

Planifier pas à pas

Étymologiquement, la motivation est ce qui nous met en mouvement – de motus, le mouvement en latin. La motivation est ce qui permet le passage à l’action. Sans motivation, nous ne pouvons pas agir, même si nous savons exactement ce que nous voulons faire. L’autogestion passe donc nécessairement par la maîtrise de sa propre motivation.

Comment cela ? Réfléchissons : d’où vient notre démotivation ? C’est en général parce que nous avons l’impression de ne pas avancer, de « pédaler dans la semoule ». Or cela vient de notre manque d’objectifs précis.

Quand j’ai commencé la course à pied, j’avais parfois du mal à me motiver. Cela survenait toujours quand je n’étais qu’à environ 25 % de mon objectif. Le reste du parcours m’apparaissait comme insurmontable.

Pour rester motivé, j’ai tout simplement arrêté de me focaliser sur la distance restante. Et je me suis donné des objectifs plus courts. La borne kilométrique suivante ou le prochain croisement. Ces objectifs étaient concrets, atteignables et réalistes. Ainsi j’ai rapidement atteint 100 % de mon objectif avec plaisir et entrain.

Je me souviens d’une interview de Rafael Nadal, dans laquelle il expliquait d’où venait la force de son mental pendant les matchs. Il joue « balle après balle », autrement dit à chaque instant son seul objectif c’est de gagner la balle en jeu. Il ne pense pas aux enjeux de cette balle, au match, au tournoi, mais seulement à gagner cette balle, là, juste devant lui.

Que faut-il en retenir ? Quel que soit notre projet, la planification est primordiale. Pour qu’une planification soit bonne, il faut toujours garder en tête qu’un objectif permet de se rendre compte que nous avançons. Il faut donc que l’objectif soit réaliste et qu’il soit mesurable. Et bien sûr, nous devons toujours associer un délai à chaque objectif et nous y tenir.

Savoir prendre soin de soi

Notre volonté ne nage pas au milieu du ciel des idées. Notre volonté prend ses racines dans la force du corps. Et sans un corps sain et en bonne santé, il n’est pas possible d’avoir une volonté saine. Si nous ne prenons pas soin de notre corps, notre corps se retournera contre nous.

L’autogestion passe donc par le soin apporté au sommeil, à l’alimentation et à la forme physique. De plus en plus d’études viennent appuyer scientifiquement ce principe de bon sens. Une étude de l’université du Michigan a montré que le taux d’erreur sur les tâches cognitives doublait à cause du manque de sommeil.(1)

L’EFSA a établi dans un rapport de 2011 un lien causal entre déshydratation et altération des fonctions cognitives. (EFSA : Autorité européenne de la sécurité des aliments)

À noter qu’il est également important de connaître le moment de la journée où nous sommes le plus efficaces. On appelle parfois ce moment le « flow ». C’est une période où la concentration et la satisfaction sont au maximum. Une heure de travail durant cette période équivaut facilement à 3-4 heures de travail pendant une période de faibles concentrations.

Il est donc primordial de prendre en compte le rythme de notre corps pour organiser notre emploi du temps.

Savoir se créer un environnement propice à la concentration

Il y a deux manières de gaspiller notre énergie. La première consiste à ne jamais passer à l’action, la procrastination. Nous avons vu les deux compétences d’autogestion qui permettent d’éviter cet écueil. C’est de savoir se donner des objectifs précis et détaillés, et de savoir prendre soin de soi.

Il existe une deuxième manière de perdre son temps : la dispersion.

Nous vivons une époque où nous sommes sollicités sans arrêt à faire plusieurs choses en même temps. Par exemple, regarder ses mails, répondre à la question d’un collègue de passage ou passer un coup de téléphone. Mais en réalité, nous ne faisons jamais vraiment deux choses en même temps. Nous écrivons quelques mots dans le mail puis nous répondons à notre collègue puis nous parlons au téléphone puis nous retournons à notre mail.

Nous ne sommes pas multitâches : c’est un mythe ! Nous morcelons nos activités en petites tâches insignifiantes auxquelles nous ne donnons qu’une partie de notre attention.

Et cela a un coût. Les études estiment à 40 % la perte d’efficacité due au multitasking.(2)

Lord Chesterfield écrivait en 1740 dans une lettre à son fils : « Il y a assez de temps pour tout faire au cours d’une journée, si tu ne fais qu’une chose à la fois, mais il n’y a pas assez de temps dans une année entière pour tout faire si tu fais deux choses en même temps. »

Il est donc primordial de travailler sur ses capacités de concentration. C’est-à-dire de centrer notre attention sur une tâche en particulier sans se laisser distraire par toutes les sollicitations extérieures.

La concentration est similaire à un muscle. Par des exercices répétés notamment à travers la méditation en pleine conscience, nous avons la possibilité de progresser.

Savoir être flexible

Il reste une compétence d’autogestion qu’il est important d’acquérir : la flexibilité. Cependant, cette compétence n’est pas la plus simple, car elle peut sembler en contradiction avec les précédentes. En effet, il s’agit de savoir prendre un certain recul par rapport à notre emploi du temps. Aussi nous devons être capables de sortir de notre état de profonde concentration sur une tâche lorsque surgit une urgence.

Il est évident pour nous tous que dans certains cas il nous faut savoir tout laisser en plan. Il faut savoir ne pas respecter une ligne de notre emploi du temps. Quand par exemple un problème urgent se présente ou bien une opportunité tant attendue est enfin devant nous. Mais encore faut-il savoir repérer quels sont les problèmes véritablement urgents et quelles sont les opportunités véritablement rentables.

Savoir être flexible c’est donc développer un sens aigu des priorités afin d’avoir toujours ce recul nécessaire sur l’organisation de notre journée.

Comment acquérir ces compétences

Il ne suffit pas de connaître les quatre compétences de l’autogestion pour parvenir à les acquérir. La vie serait vraiment simple si pour apprendre quelque chose il suffisait de lire des livres. Comme pour toutes compétences, il est nécessaire de pratiquer.

On cite souvent la phrase d’Aristote : « L’excellence est une habitude ». Que voulait-il dire par là ? Précisément, qu’il ne suffit pas de connaître le bien pour le faire ! Il ne suffit pas de savoir que fumer est mauvais pour la santé pour arrêter de fumer. Il faut commencer par agir sur ses propres habitudes pour ensuite devenir celui qu’on veut être.

Comment faisaient Aristote et ses disciples pour parvenir à l’excellence ? Exactement la même chose que faisaient les sages stoïciens ou les moines bouddhistes : Ils pratiquaient des exercices spirituels réguliers.

Il est donc vrai que l’autogestion demande un effort, et c’est bien la chose la plus importante que nous devons apprendre. Puisque, ensuite, tout autre apprentissage sera pour nous une chose plus aisée.

Sources:

  1. Stepan, M. E., Fenn, K. M., & Altmann, E. M. (2019). Effects of sleep deprivation on procedural errors. Journal of Experimental Psychology: General, 148(10), 1828–1833. https://doi.org/10.1037/xge0000495
  2. Rubinstein JS, Meyer DE, Evans, JE. Executive control of cognitive processes in task switchingJ Exp Psychol Human. 2001;27(4):763-797. doi:10.1037/0096-1523.27.4.763

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